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3 questions à Laurent Stocker

Quel rôle la musique classique a-t-elle joué dans votre enfance ?
J’ai été bercé par la musique grâce à mon grand-père et ma grand-tante, par la clarinette et le piano. Mes parents écoutaient beaucoup de vinyles, on en entendait donc constamment en rentrant de l’école, ainsi que le week-end : des opéras, beaucoup de piano, des albums de Nadia Boulanger. À la maison, c’était un plaisir quotidien, malgré un professeur de solfège très sévère qui m’a découragé de cette discipline. J’aurais rêvé de jouer d’un instrument, d’être à l’aise avec les notes ; malgré tout, je pense avoir l’oreille musicale, ce qui me sert dans mon métier de comédien.
De quelle manière ?
Depuis mes années au Conservatoire auprès de Daniel Mesguich, où nous utilisions de nombreuses musiques de Verdi, entre autres, je suis convaincu qu’un acteur qui n’a pas l’oreille musicale manquera des rôles. Il y a du legato et du staccato dans le métier d’acteur, de nombreuses nuances musicales que l’on apprend lorsque l’oreille se forme. C’est chez Louis de Funès qu’on trouve un magnifique exemple : il était un formidable musicien, un véritable pianiste, et son talent venait en partie de la musicalité qu’il a su insuffler à ses rôles. Aujourd’hui la musique a une importance prépondérante dans mon métier, puisqu’à la Comédie-Française, nous l’utilisons beaucoup, comme la danse et d’autres arts. Dans Le Soulier de Satin de Claudel, on peut trouver de nombreux morceaux joués par deux violonistes et un pianiste, de Schubert par exemple. Avoir une part de musicalité nous aide à maîtriser le rythme du jeu, mais aussi la force des silences.
Qu’évoque pour vous la figure de Ravel ?
À part son fameux Boléro, je n’étais pas si familier de son œuvre, que je connaissais moins que celle de Debussy. Ce projet de concert à la Maison de la Radio et de la Musique est pour moi l’occasion de m’intéresser à ce personnage extraordinaire et à son rapport à l’Espagne. Lorsqu’on découvre son œuvre, le Boléro devient comme un ovni ! J’ai voulu faire une sélection de poèmes que je n’ai pas encore arrêtée. Je suis en train de faire un montage de poèmes de García Lorca, de Mallarmé et d’extraits de L’Anniversaire de l’infante d’Oscar Wilde. J’ai le sentiment que cela va bien se marier avec ce que Ravel était au fond de lui-même.